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mercredi 24 octobre 2012

Accidents de parcours

Cueillette
C'était un lundi avant-midi, le jour de l'Action de grâce. Il faisait beau, l'air était presque tiède, le ciel était sans nuage et d'un bleu qui rappelait encore septembre. À la maison, leurs filles étaient excitées et elles criaient sans cesse. Pour une poupée, pour un nom de princesse, pour rien parfois. On ne saura jamais à quel point l'humeur d'enfants a souvent dû déterminer l'histoire. Ils étaient donc allés cueillir des pommes, dans ce petit village sur la rive nord où ils vont presque chaque année cueillir des pommes. Ça leur fera du bien. C'est ce qu'ils s'étaient dit. Mais ils étaient revenus épuisés, les filles ne s'étaient jamais calmées finalement. Entre deux demi-heures impossibles de voiture, lentement et en profitant des moindres distractions, ils avaient rempli un grand sac, celui à quinze dollars, de Lobo et de McIntosh. L'une pour les tartes et l'autre pour croquer. Elles sont meilleures cette année, à cause du gel au printemps. Si vous les conservez au frais elles seront bonnes pendant des mois. Le sac repose, bien au frais, dans le réfrigérateur du sous-sol. L'une des pommes est pourrie. En janvier, quand ils ouvriront le sac oublié, elles seront toutes pourries.    

mercredi 10 octobre 2012

Les vrais révolutionnaires

Depuis le tout récent virage à gauche toute! du Québec, on a beaucoup parlé d'eux. Vous les croisez tous les jours avec envie ou admiration. Ils sont certainement riches, mais ne cherchez pas leur monocle et n'allez surtout pas les traiter de bourgeois. Ils sont jeunes, dynamiques, sexys…et si vous leur demandez de quoi ils sont le plus fiers, ils seront unanimes à vanter la fermeté de leur éthique de travail. Qu'ils soient créateurs d'emplois ou workaholics, jet-setters ou trend-setters, ils ont tous un point en commun : pas question de payer davantage d'impôts! On les a entendus sur toutes les tribunes, mais qui sont-ils réellement, derrière l'enceinte de leur vie privée? Cette semaine, Relations d'incertitude a dépêché son chroniqueur urbain auprès de quelques-uns d'entre eux. Enquête dans l'univers intense et fascinant des jeunes riches contre la hausse d'impôts.
                                                                                                  
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« Pas facile d'être riche en 2012 ». Je suis sur la magnifique terrasse au sommet du Roccabella, le tout nouveau complexe de condominiums luxueux érigé à deux pas du Centre Bell. Il est plus de trois heures du matin. Dire que j'attendais encore il y a deux minutes à peine… Pas moyen de le rencontrer plus tôt, Johann est un homme occupé! Vodka martini dans la main gauche, Montblanc limited edition dans la droite, il me résume la situation en parafant un contrat: « On dirait que tout est de notre faute. La mondialisation, la dérèglementation, la crise financière, la récession, la dette… ce n'est pas en chialant contre nous que tous ces profiteurs paresseux et autres gogochisards vont enrichir le Québec. Le 1% va toujours exister et c'est une bonne chose ». Johann Perv-Hurt dirige avec deux associés la firme de génie-conseil Perv-Hurt-Seymour-Harlot, spécialisée dans la réduction de coût des délocalisations d'entreprise. Seul Québécois à faire partie du célèbre Forbes 400 – il cumule les citoyennetés du Canada, des États-Unis et de Monaco –, Johann songe à déménager le siège social de sa firme à Toronto ou à Singapour. « Tu sais ce qu'elle va me coûter, la hausse de Pauline Marois? » Il lance par-dessus le parapet de la terrasse une bouteille de Stolichnaya Elit à moitié pleine que nous perdons vite de vue. « Il faudrait que je paye deux VP exécutifs à temps plein et que je leur fasse pitcher des bouteilles en continu pour perdre autant d'argent! » Du haut du Roccabella, le rythme envoûtant de la musique lounge et le rire des jeunes professionnelles voltigeant autour de Johann ont tôt fait d'étouffer le bruit agaçant d'une sirène d'ambulance, loin au-dessous, rue Drummond.

mercredi 3 octobre 2012

Verte de ressentiment

Le 26 septembre dernier, Lysiane Gagnon publiait dans La Presse un billet intitulé La leçon des carrés rouges. L'ineptie de ce torchon littéraire et journalistique n'aura probablement pas échappé à l'espèce menacée des lecteurs intelligents de ce quotidien, mais le monde actuel étant ce qu'il est, nous lisons vite, trop vite souvent pour apprécier finement tout l'effort qui a été fourni par l'auteure afin de rendre ce billet aussi inepte. C'est pourquoi je vous propose ici une remise en contexte des propos de Lysiane Gagnon, qui permettra je l'espère de mieux apprécier la subtilité de son épaisseur.

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La scène se déroule sur la place Émilie Gamelin à Montréal. C'est la fin septembre, le temps est pluvieux et la place est presque déserte, hormis pour la présence d'un employé de Gentilly-2 qui tente de recueillir des signatures contre la fermeture de la centrale nucléaire. Discutent avec lui une étudiante du Collège du vieux Montréal, une professeure de l'UQAM et un homme d'affaires possédant un commerce sur la rue Saint-Catherine, auxquels se joint la journaliste Lysiane Gagnon.

Lysiane – Mais qu'est-ce que vous faites avec vos protestations pépères contre la fermeture de la centrale?

L'employé – Pas encore une… Ne venez pas m'insulter vous aussi! Je suis seulement là pour défendre mon emploi. J'ai le droit d'exprimer mon opinion, non? Même si personne ici ne veut signer ma pétition…

L'homme d'affaires – Moi si, moi si… je viens de la signer.

L'employé – Merci, je ne pensais pas à vous.

L'homme d'affaires – Personne ne pense jamais à moi.

La professeure, à l'homme d'affaires – Personne ne pense à vous, elle est bonne..! À l'employé. Et vous, personne ne vous à insulté, voyons. Nous discutons calmement et rationnellement. Ce n'est tout de même pas de notre faute si vous défendez une cause perdue.

lundi 17 septembre 2012

Le coureur de fond

On devine le ciel sans même lever les yeux. Un ciel bleu frais, sans nuage. Un ciel de pommes mures et de feuilles jaunissantes. Il sera bientôt midi. Le soleil aura culminé dans près d'une heure, loin du zénith, trop loin déjà. L'automne approche à grands pas. Comme c'est ridicule, à grands pas… La saison qui approche impose déjà son poids unique aux couleurs et aux ombres. Mais l'air est bon, l'air est vif. Today is a good day to run.

Pour l'instant le coureur marche. Il sait qu'il doit attendre encore un peu, se réchauffer le corps, assouplir les muscles de ses jambes. Il sait qu'il ne sert jamais à rien de se presser. Patience et détermination. Voilà à quoi se réduit tout son savoir désormais. Cela fait moins d'un an qu'il court et il a presque quarante ans. Il ne gagnera jamais de course. Il mourra sans connaître ses limites. Mais cela n'a aucune importance. Patience et détermination. Il a souvent répété, il répétera souvent ces mots. Même s'il n'aime pas s'entendre penser quand il court. Les phrases deviennent creuses comme des slogans. L'esprit se transforme en enclume.

Il regarde sa montre. Moins d'une minute. Il ajuste les écouteurs à ses oreilles. Comme l'adhérence de caoutchouc commence à s'user, il est souvent obligé de les ajuster. Il faudra bientôt les remplacer. Glissant son pouce gauche en croix, puis en cercle sur l'appareil, ajustant délicatement la pression à chacun de ses gestes, il cherche son album de course favori, Panic de Caravan Palace. Il a découvert ce groupe un peu par hasard, quelque part entre deux postes de radio. La pièce s'intitulait 12 juin 3049. Le titre lui avait semblé s'accorder parfaitement à la musique, qui évoquait selon lui les ruines grises et rouillées d'un paysage dévasté, post-humain, dans lequel un vieux magnétophone se serait mis à jouer tout seul, pour personne. La pièce avait été présentée plus sommairement par l'animateur comme un mélange d'Electroswing et de jazz manouche. Ça bloque. Il n'arrive plus à faire jouer l'album. L'appareil semble défectueux. L'écran affiche Queens, mais ce n'est pas ce qui joue. Après quelques gestes à peine perceptibles de son pouce gauche, l'écran affiche maintenant Clash. Mais la même pièce continue à jouer. Il la reconnaît. Il s'agit du deuxième mouvement du Concerto pour violon et orchestre de Philip Glass. Il regarde sa montre. Tant pis, il faut partir.

Il sait déjà qu'il pourra courir plus longtemps aujourd'hui. Il l'éprouve dans ses jambes, dans son ventre, il le sent dans son souffle. Il est presque transporté. Cela n'arrive pas souvent. Près d'une fois sur trois, c'est plus difficile et l'on souhaite presque abandonner à mi-chemin. Une fois sur cinq au contraire, c'est tellement facile qu'on se croit capable d'en faire deux fois plus. On parvient alors parfois à en faire 20% de plus, mais c'est déjà beaucoup. Il y a tant de facteurs connus et inconnus. La fatigue. La soif. La faim. La digestion. La température. La musique. Le mental. Le mental… Pour notre coureur, tout semble aligné aujourd'hui. Il y a peu de piétons sur les trottoirs. C'est pourtant l'heure du dîner. Il approche d'un feu de circulation, le troisième depuis qu'il a commencé à courir, et celui-ci, comme les deux premiers, passe au vert juste au bon moment. Il n'aime pas les feux rouges. Il tente souvent de les anticiper, ajustant légèrement sa vitesse pour les déjouer. Il ne veut pas attendre. Reprendre conscience du monde. Sautiller sur place. Voir et être vu. Il est chanceux aujourd'hui. Il s'apprête à passer un cinquième feu de circulation, toujours vert. Mais quelque chose attire son attention. Au coin de rue en diagonale du sien, il voit un homme de petite taille, vêtu d'un complet de couleur anthracite, frapper à répétition une borne fontaine à l'aide d'une masse en fer forgé. PANG! Les cheveux noirs et luisants du petit homme ne remuent pas, comme figés dans une coiffure surannée par une pommade d'une époque révolue. PANG! Le visage du petit homme est blafard et dépourvu de la moindre trace d'émotion, comme les visages des quelques piétons attroupés autour de lui. PANG! Le coureur ne voit plus rien de la scène qui est maintenant derrière lui. Il ne se retournera pas, il ne s'arrêtera pas. Mais quelque chose l'agace. La borne fontaine n'était pas rouge. De quelle couleur était-elle?

Le coureur continue à courir. Il essaie pour l'instant d'oublier ce qu'il a vu. D'oublier aussi ce qu'il n'a pas bien vu. D'oublier même ce qu'il a oublié de voir. Inspirer. Inspirer. Expirer. Expirer. Inspirer. Inspirer. Expirer. Expirer. Le deuxième mouvement du Concerto pour violon et orchestre de Philip Glass accompagne bien sa course. La lenteur de cette pièce l'apaise sans le déprimer. Il y a une gravité croissante dans la répétition des lignes mélodiques qui lui rappelle le mouvement de l'histoire humaine. Insensiblement, mais indéniablement aussi, plus il avance et plus l'orchestre joue fort, plus il sent qu'il est important de continuer à courir. Courir à jamais. Pas seulement pour lui, mais pour l'humanité. Nous ne courrons presque jamais qu'avec des motifs personnels ou égoïstes. Pour perdre du poids. Pour être beau. Pour être fort. Pour être meilleur. Pour gagner. Certains courent pourtant pour une cause, pour une fondation, pour un enfant malade. Ce n'est que du spectacle. Combien de temps parviendrais-tu à courir s'il s'agissait de sauver l'humanité? Cela fait maintenant près de vingt minutes qu'il court. Il a passé une dizaine de feux de circulation, tous verts. Devant lui, mais de l'autre côté du trottoir, deux hommes de petite taille, aux cheveux noirs luisants et vêtus de complets anthracite, frappent une borne fontaine à l'aide de masses en fer forgé. L'un après l'autre. PANG! Comme deux marionnettes de bois sorties d'une horloge mécanique et frappant alternativement l'heure sur une cloche. PANG! Leurs visages sont blafards et impassibles, comme ceux des témoins de la scène. Seul un policier regarde cela en riant, ostentatoirement, exagérément. Mais le coureur n'entend pas le policier rire, la musique est trop forte. PANG! De quelle couleur est la borne fontaine? Il n'y a pas de nom pour la couleur qu'il cherche. Ce n'est même pas une couleur. La scène est maintenant derrière lui. PANG! Il ne s'arrêtera pas, il ne se retournera pas, mais il n'essaiera pas non plus d'oublier.

Selon les choix du chef d'orchestre et du soliste, le second mouvement du Concerto pour violon et orchestre de Philip Glass peut durer entre huit et onze minutes. Cela fait maintenant cinquante minutes que le coureur ne s'est pas encore arrêté et dans ses écouteurs, la pièce non plus ne s'est pas arrêtée. Cela fait cinquante minutes qu'il court et il n'a encore croisé que des feus verts. Cela fait cinquante minutes qu'il court et presque à chaque coin de rue maintenant, il voit des hommes de petite taille en complets anthracite frapper des bornes fontaines à l'aide de masses en fer forgé. Ils sont tous identiques, mais à chaque fois plus nombreux. Au dernier coin de rue, ils étaient maintenant une quinzaine à frapper l'un après l'autre sur la borne fontaine, progressant en une file circulaire qui tournait à vide et sans fin. Leurs cheveux, toujours noirs et luisants, étaient tous figés en différentes sortes de coiffures démodées. L'un avait celle de Clark Kent. L'autre celle de Don Draper. Autour d'eux, des passants anonymes les regardaient impassibles cependant que des policiers, des pompiers ou maintenant mêmes des ambulanciers, de plus en plus nombreux à chaque scène, semblaient étouffés par un rire panique. Quant au coureur, il ne s'est pas arrêté pour autant. Il est important quand on court de ne jamais s'arrêter avant la fin. Bien des choses peuvent venir nous déconcentrer, mais il ne faut jamais marcher, il faut toujours courir. Patience et détermination. Le coureur approche de son objectif. C'est un vaste parc boisé en plein cœur de la ville, aménagé autour d'un petit étang artificiel qui n'en attire pas moins les canards, les coureurs et les amoureux. Il n'y a pas de borne fontaine ici. Il arrive à l'étang.

C'est alors seulement qu'il s'arrête. Il enlève ses écouteurs et regarde enfin le monde, en tournant sur lui-même, les deux mains sur les genoux. Au-delà des arbres qui ceignent le parc, partout en cercle autour de lui, partout dans la ville, des jets d'eau fusent vers le ciel. L'eau ne retombe pas en pluie, comme libérée désormais de la gravité. Le jour est sur le point de culminer et d'innombrables gouttelettes scintillent partout dans le ciel. Un arc-en-ciel parfaitement rond est en train de se former tout autour du soleil.

Mais l'arc-en-ciel est noir. Différentes teintes d'un noir irisé qui semblent se fondre en des anneaux concentriques. Des teintes à ce jour, des teintes à jamais inconnues. Un homme en frappe un autre au visage avec une masse en fer forgé. Le sang gicle. Partout les gens se battent à mort.



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mercredi 29 août 2012

Divided we stand, together we fall

Nous sommes le 22 mai 2014. Le gouvernement minoritaire du Parti Québécois vient d'être renversé suite au refus de l'Assemblée nationale d'entériner par un vote de confiance le projet de loi 87 sur l'Éducation supérieure. Ce projet de loi, qui prévoyait l'indexation au coût de la vie des frais de scolarité ainsi que la mise en place d'une commission paritaire permanente sur l'éducation supérieure, a été rejeté par une majorité de deux voix, et ce, malgré un taux d'approbation de 67% dans la population québécoise, selon le plus récent sondage CROP/La Presse. Selon François Legault, il s'agissait d'une mesure improvisée, impossible à financer et qui allait gravement nuire aux jeunes générations, soumises au fardeau d'une dette qu'il propose de payer en coupant 20 000 postes de professeurs d'Université. Jean Charest a quant à lui affirmé ne pas vouloir céder à l'intimidation des sondages, remettant en question la méthodologie employée par la firme CROP, qui ne tient pas suffisamment compte selon lui de l'opinion des personnes atteintes de démence sénile. Les députés et porte-paroles de Québec solidaire, Françoise David et Amir Khadir, dont plusieurs militants considèrent le projet de loi 87 fasciste, trotskiste et révisionniste, ont été forcés de s'abstenir. Jean-Martin Aussant d'Option nationale, selon lequel seule l'indépendance du Québec est en mesure de résoudre les problèmes de l'Éducation supérieure, s'est aussi abstenu.

Dans ces circonstances, le PQ a été forcé de déclencher des élections qui auront lieu le 22 juin prochain, Pauline Marois ayant d'ailleurs affirmé que le Québec avait le plus grand besoin d'un gouvernement majoritaire : « Le Québec n'avancera pas tant qu'il y aura plus de deux mains sur le guidon du BIXI. (Réactions de surprise et de rire chez les journalistes.) Oui, oui, je suis une femme simple, très écologique, et j'aime bien faire du vélo. J'ai d'ailleurs une maison de campagne en Provence juste pour cela. Ha! Ha! J'aime tellement connecter avec le monde ordinaire! Excusez-moi, mon conseiller me fais signe, je dois descendre de mon strapontin.» Alors que les sondages donnent depuis cette conférence de presse la CAQ majoritaire, les forces progressistes du Québec ne se laissent surtout pas abattre. Neuf nouveaux partis viennent d'être créés pour répondre de façon plus satisfaisante à l'ensemble des besoins complexes et très personnalisés de l'électorat de gauche au Québec. Par souci démocratique, et afin de préparer les téléspectateurs aux 120 face-à-face entre les 16 principaux chefs de partis qui, sous injonction de la Cour Supérieure du Québec, seront présentés tous les soirs durant les trois prochains mois au réseau TVA, nous vous les présentons brièvement.

Parti Légionnaire du Québec (PLQ)
Chef : V (comme dans V for Vendetta)
Fondé le 5 septembre 2012 par une cellule montréalaise du groupe Anonymus, le PLQ (que nous vous invitons à ne pas confondre avec l'autre PLQ, sauf si vous venez de Québec, alors vous pouvez les confondre, ce sont les mêmes lettres, ça doit être le même parti, hanhanhan...) le PLQ, donc, a été inspiré par le succès trop limité du projet Légionellose, qui n'est finalement pas parvenu à empêcher les citoyens de Québec de voter contre les intérêts du Québec le 4 septembre 2012. Au premier jour de son mandat, le PLQ fera déménager l'Assemblée nationale à Trois-Rivières et invitera tous les Québécois à s'exprimer par Référendum sur la pertinence d'octroyer le moindre contrat ou le moindre service public à une ville ingrate dont la population aura de toute façon été décimée.
Slogans : «Légions contre Québec!»

Le Nouveau Parti Québécois (PQ2)
Chef : Bernard Drainville
Fondé le 5 septembre 2012, en réaction à l'élection d'un gouvernement minoritaire péquiste sous la direction de Pauline Marois, par Bernard Drainville, Jacques Parizeau, Pierre Curzi et Lisette Lapointe, Le Nouveau Parti Québécois entend reprendre l'ensemble de la plateforme du Parti Québécois, maintenir l'ensemble de la constitution du Parti Québécois et adopter l'ensemble des stratégies du Parti Québécois en vue d'un Référendum sur la Souveraineté du Québec, mais en repartant à neuf, sans Pauline Marois, en honneur de laquelle le PQ2 entend déclarer des funérailles nationales au premier jour de son mandat.  
Slogan : «À nous de choisir, sans elle!»

La Réunion des indépendantistes progressistes (RIP)
Chef : Emmanuel Bilodeau
Fondé le 6 septembre 2012 en réaction à la division accrue du vote souverainiste qu'impliquait l'arrivée du PQ2 sur une arène déjà encombrée par le PQ et ON, la RIP vise à réunir les forces progressistes éparpillées pour assurer l'indépendance du Québec dans les plus brefs délais raisonnables. Le premier jour de son mandant, la RIP fera voter une loi pour que le DGE reconnaisse comme co-députés tous les candidats souverainistes qui se seraient présentés dans un même comté et qui seraient parvenus à obtenir une pluralité de votes.
Slogan : «Divisons nos votes pour mieux les réunir!»

Le parti authentique stratégique (PAS)
Chef : Nicolas Girard
Fondé le 7 septembre 2012 après la victoire de Françoise David dans Gouin et en réaction à l'arrivée de la RIP dont il considère l'article 1 anticonstitutionnel, le PAS entend démontrer qu'au contraire, ce dont les indépendantistes ont besoin, c'est d'un parti et d'un chef qui leur permettrait à tous de voter selon leurs convictions tout en demeurant stratégiques. Nicolas Girard ayant été à la fois un député exceptionnel, qui a su faire tomber le ministre Tomassi, et un candidat stratégique remarquable, qui a su se ranger derrière Pauline Marois quand il le fallait pour faire avancer la cause souverainiste, c'est de lui que le Québec a besoin pour réunir à nouveau tous les souverainiste dans un seul parti. Au premier jour de son mandat, Nicolas Girard agira selon la conscience de tous les Québécois, pour les faire tous gagner.
Slogan : «Faites un PAS en avant!»

NPD Québec
Chef : Ruth Ellen Brosseau
Fondé le 8 septembre 2012 afin de diversifier l'offre politique à gauche, qui est de plus en plus dominée par les nombreux mouvements indépendantistes, NPD Québec entend donner une voix aux fédéralistes progressistes du Québec, pris en otage par des partis politiques qui ne peuvent au mieux leur offrir que «l'indépendance si nécessaire, pas nécessairement l'indépendance». Au premier jour de son mandat, NPD Québec nous promet malgré son allégeance fédéraliste de défendre avec ténacité les intérêts de la province du Québec contre le gouvernement conservateur de Stephen Harper. Nous ne savons pas encore si NPD Québec saura défendre avec autant de ténacité les intérêts du Québec contre un éventuel gouvernement de Thomas Mulcair.
Slogan : «Les compétence du fédéral, au provincial!»

Le parti pour l'oblitération du «il» (POiL)
Cheffe : Manon Massé
Fondé le 9 septembre 2012 en réaction à la fondation de NPD Québec, le seul des nouveaux partis politiques québécois à être dirigé par une femme, « ce qui ne donne pas une très bonne idée de ce dont les femmes sont vraiment capables », avait alors affirmé Manon Massé, faisant allusion au contraste assez remarquable entre l'apparence physique et les compétences intellectuelles de Ruth Ellen Brosseau. «Ce n'est pas avec un poteau que les femmes vont s'émanciper!». Le premier jour, ou plutôt la première journée de son mandat, le POiL promet d'imposer au DGE une loi sur la parité des candidatEs ainsi qu'une autre loi sur la parité du vote : « quand les hommes seront enfin obligés de voter une fois sur deux pour des femmes, le Québec sera libre ». 
Slogan : «Il/Elle est temps que les hommEs soient égalEs»

Le Parti urbain régionaliste épicurien écologiste (PURÉE)
Chef : Christian Bégin
Fondé le 10 septembre 2012 en réaction à la toute nouvelle diversité de l'offre politique progressiste, qu'ils trouvent trop ringarde et pas assez «vintage», des citoyens du Plateau Mont-royal, du Mile End, du Marché Jean-Talon et de Kamouraska se sont réunis autour d'une petit magnum de Chassagne-Montrachet 2002 d'Henri Rousseau et ont décidé de profiter de la nouvelle tendance politique pour créer un parti qui rassemblerait vraiment les Québécois qui en valent la peine dans le lieu le plus emblématique du Québec : la cuisine. Au premier jour de son mandat, le PURÉE, dont vous pourrez rencontrer les membres cuisiniers et comédiens dans la nouvelle émission de Télé Québec, Les Candidats gourmands, le PURÉE, donc, promet de fournir à tous les étudiants universitaires qui éprouveraient des difficultés financières une boîte à lunch quotidienne de chez Olive et Gourmando, comprenant des plats cuisinés avec un brin de folie ainsi que des ingrédients locaux, saisonniers et prétentieux.
Slogan : «À qui le chalet chic! À nous le chalet chic!»

La coalition arc-en ciel (CAC)
Seul membre : Philippe Labarre
La CAC a été «fondée» en août 2012 par un blogueur qui se croit convaincu qu'une union entre carrés rouges, partis verts, nationalistes bleus pâles ou foncés, féministes roses et progressistes oranges est possible, et qui les voit pourtant lutter farouchement les uns contre les autres autour de certitudes de principes, autour de certitudes stratégiques dont il n'arrive pas à se convaincre. Au premier jour de son mandat, la CAC ne fera rien, parce que personne ne votera pour elle. En fait, la CAC est probablement déjà menacée financièrement par une imminente poursuite civile intentée par la communauté LGBT, qui n'admettra sans doute pas que d'autres progressistes lui empruntent son symbole. Les arcs-en-ciel ne poussent pas sur terre. Les arcs-en-ciel n'apparaissent que lorsqu'il pleut et qu'il fait soleil en même temps. Les arcs-en-ciel ne doivent donc pas exister...
Slogan : «Tous unis dans le vide!»

mardi 14 août 2012

Jean Charest était là


Nicolas est triste. Assis sur son lit, le dos courbé dans une posture mélancolique, il contemple les photos de son enfance et de son adolescence, éparpillées comme sa vie insensée sur sa vieille couette rouge délavée. La couette qui depuis sa plus tendre enfance a enveloppé tous ses sommeils et abrité tous ses rêves. Si Nicolas avait appris à pleurer, vous le verriez avec apitoiement verser une larme, mais la difficulté avec laquelle il parvient à se contenir est encore plus désolante, peut-être. Nicolas vit une grave crise d'identité. Il n'osera jamais l'avouer devant qui que ce soit, il ose à peine se l'avouer à lui-même tellement il a honte, mais il comprend confusément que toute sa vie a peut être été un mensonge. C'est ce qu'il comprend depuis qu'il a commencé à réaliser que le gouvernement libéral ne serait pas réélu lors des prochaines élections. Cela semblait pourtant impossible. Nicolas sait bien que les meilleurs gagnent toujours et que les gagnants sont toujours les meilleurs. Nicolas lui-même n'a jamais perdu quoique ce soit de sa vie. Il n'a jamais perdu une seule compétition. Il n'a jamais perdu aucune copine (c'est toujours lui qui a rompu le premier). Il n'a jamais perdu son temps à travailler, à réfléchir ou à aider quelqu'un. Nicolas est un jeune libéral. Il s'apprête à perdre et ne sait pas comment s'y prendre.

Nicolas est né le 26 octobre 1992 d'un chirurgien plastique anglophone et d'une avocate criminaliste francophone. À ce qu'ils aimaient souvent dire à la blague, si les clients de celle-ci n'avaient pas si souvent épousé les clientes de celui-là, ils ne se seraient jamais rencontrés. Nicolas l'ignore, mais c'est en fait lors d'un cocktail de financement pour une cause politique oubliée qu'ils se sont rencontrés, et c'est le soir même qu'ils ont conçu Nicolas, émoustillés par tant de mots et tant d'argent échangés aussi libéralement. Nicolas n'a jamais su que sa naissance n'avait été prévue dans aucun plan de carrière. Tout ce qu'il sait, il le sait grâce à une photo qu'il conserve depuis toujours auprès de lui et qu'il a regardée trop souvent. Sur cette photo, on peut voir une mère épuisée tendre un gros bébé bien masculin à un père satisfait. La petite famille est entourée d'une équipe nombreuse de médecins et d'infirmières affairés et souriants. La chambre d'hôpital est particulièrement luxueuse, le lit est en bois massif, les planchers en marbre, la fenêtre donne sur le centre-ville de Montréal. Nicolas a souvent demandé à son père comment ils avaient pu recevoir un tel service dans un système de santé socialiste comme le nôtre. Son père, toujours souriant, n'a jamais voulu répondre. À l'extrémité droite de la photo, on peut aussi voir la moitié d'un homme dos à la caméra. Il porte un habit bleu marine et ses cheveux sont bien frisés. Nicolas a cherché à découvrir l'identité de cet homme auprès de son père, qui a toujours affirmé ne pas s'en souvenir. Dans son cœur, Nicolas en est sûr, c'était Jean Charest.

Nicolas possède aussi une photo datée du 30 octobre 1995. Nicolas vient à peine de fêter ses trois ans et a reçu un nombre incalculable de jouets, dont plusieurs ensembles LEGO. La photo est celle d'un immense chantier de construction, que Nicolas a assemblé avec une imagination et un souci du détail impressionnants et qui justifient certainement qu'on ait pris la photo. On y voit une petite maison de bois en train de se faire détruire par un engin géant et sophistiqué, sorte d'hybride entre un camion de construction et un AT-AT walker. Il y a des habitants qui s'agitent dans la maison en train de se faire détruire, un père semble en train de tirer une chaîne d'enfants pris dans les décombres, mais l'opérateur les ignore et les écrase tous avec une satisfaction évidente, que Nicolas est parvenu à rendre avec les articulations limitées d'une figurine à l'effigie du Joker dans Batman. À droite de la maison est bâti un complexe de stationnement multi-étages, à l'entrée duquel un commis sépare le flot de voiture en deux, n'acceptant que les voitures de sport rouge, redirigeant toutes les autres vers le camion de destruction. Dans le stationnement lui-même, des écrans de télévision et des spas géants sont disposés un peu partout pour assurer confort et divertissement aux voitures. Sur le dernier étage du stationnement, un petit homme est assis sur une terrasse et regarde tout la scène en souriant. Il porte un habit bleu marine et ses cheveux sont frisés. Nicolas a cherché à vain à découvrir dans quelle collection de LEGO il avait pu dénicher ce personnage. Mais dans son cœur, Nicolas en est sûr, c'était Jean Charest.

L'une des photographies préférées de Nicolas est datée du 14 avril 2003. Nicolas a dix ans et vient de participer aux jeux du Québec, où il a remporté une médaille d'or en saut à la perche. Nicolas a toujours aimé le geste constituant à s'élever le plus haut possible au moyen d'un objet qu'on rejette ensuite avec le plus de force possible. Son père lui avait pourtant expliqué qu'il était peut-être un peu jeune pour participer à cette compétition, que c'était dangereux, qu'il pourrait facilement attendre un an ou deux et l'emporter dans la même catégorie. La réponse de Nicolas ne s'était pas fait attendre : « je suis prêt ». Il s'était en effet préparé davantage que tous les autres, en s'assurant par exemple que la perche de son principal adversaire soit accidentellement endommagée. Son adversaire aussi fut accidentellement endommagé. La photo nous montre Nicolas sur le podium en train de recevoir tout sourire sa médaille d'or. Le gros plan sur son visage empêche de voir les médaillés d'argent ou de bronze, dont les visages sont sectionnés juste en haut des yeux par le cadrage de la photographie. On distingue toutefois le dos d'un homme aux cheveux frisés, qui porte un veston bleu marine et qui tend la médaille d'or à Nicolas. Nicolas a beau savoir que c'est impossible, que précisément en ce jour, ça ne pouvait pas être lui, dans son cœur Nicolas en est sûr, c'était Jean Charest.

Jean Charest a toujours été là pour Nicolas. À chaque fois qu'il a soudoyé un enseignant pour avoir la meilleure note de sa classe, Nicolas le sait, Jean Charest était là. À chaque fois qu'il a réussi à obtenir les faveurs d'une camarade de classe en lui faisant comprendre à quel point sa famille était bien connectée, Nicolas le sait, Jean Charest était là. À chaque fois qu'il est parvenu par un sourire bien adressé au public à avoir raison d'un jeune homme plus sensible ou d'une jeune femme plus intelligente que lui, Nicolas le sait, Jean Charest était là. Jean Charest a toujours été là pour Nicolas, comme il a toujours été là pour les tous les libéraux, qu'ils en assument ou non le nom. Jean Charest a toujours existé et existera toujours. À chaque fois que quelqu'un triche ostensiblement et ne se fait pourtant pas prendre, Jean Charest est là. À chaque fois que quelqu'un corrompt quelqu'un d'autre pour le laisser ensuite périr au besoin, Jean Charest est là. À chaque fois que quelqu'un emploie les vrais mots ou le mot vrai pour mentir en souriant, Jean Charest est là. À chaque fois qu'un homme se fait à la fois bourreau, juge, avocat et partie, Jean Charest est là. À chaque fois que quelqu'un ose se dire scandalisé par le ton menaçant des cris de celui qu'il est en train de battre sauvagement, Jean Charest est là. Jean Charest sera toujours là. Mais depuis que Nicolas a commencé à réfléchir, Jean Charest n'est plus là pour lui et Nicolas sait qu'il ne reviendra probablement plus jamais. Nicolas est maintenant seul, mais il ne sait pas encore qu'il est loin d'être le seul.

Jean Charest pris en flagrant délit d'exister. 

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mercredi 27 juin 2012

Rencontre au sommet (2e partie)

          « Soudainement, il était là, devant moi :
Amir Khadir, Leader Suprême et Guide Éternel
de la République populaire du Kébékistan. »

Jospeh Facal, Le maître du monde



Pierre Karl – Voici BAHAMUT, la Base Aérienne Habitée, Armée et Mobile pour une Uniformisation Totale de l'information. Bon, le nom reste à travailler, mais c'est quand même impressionnant, non! Quand nous l'aurons bâtie, le Québec ne sera jamais plus le même. Tout le monde voudra nous imiter. Laisse-moi t'expliquer de quoi il s'agit en essayant un peu de faire comme toi, en posant les questions qui font mal. Selon toi, Richard, pourquoi ne paraissons-nous pas aussi objectifs que nous devrions l'être?

Richard (qui a réponse à tout mais sait rester modeste) – Voyons Pierre Karl! Parce que nous sommes trop près des gens, c'est évident!

Pierre Karl – Exactement, Richard, exactement. Mais avec BAHAMUT, nous résoudrons définitivement ce problème. Tous les cadres et employés de tous nos médias, tous nos journalistes, écrivains et penseurs, tous nos artistes, artisans et techniciens, toutes nos personnalités devront vivre sur la base aérienne et éviter tout contact non professionnel avec les gens de la surface. Nous aurons tout ce qu'il faut pour assurer à tous une vie épanouissante et luxueuse : des écoles, des parcs et des hôpitaux Québecor™, des épiceries et des pharmacies Québecor™, des restaurants et des centres d'achat Québecor™. Il y aura même une Université Québecor™, avec un pavillon Bock-Côté™ des sciences sociales, un pavillon Facal™ d'économie et de politique, un pavillon Salvail™ d'histoire québécoise, un pavi…

Richard (qui ne demande rien d'autre que sa juste part) – Et mon pavillon à moi?

Pierre Karl – Toi, Richard, tu seras au centre de toute l'opération, ne t'inquiète surtout pas.Toujours est-il qu'en créant une distance objective entre nous et le peuple, nous parviendrons à atteindre un degré d'objectivité inégalé. Notre sympathie pour les gens ordinaires ne nous empêchera plus jamais de dire les choses comme elles sont. C'est extraordinaire, non? Avec un esprit aussi aiguisé que le tien, tu dois quand même te demander pourquoi il est nécessaire d'investir des milliers de milliards de dollars pour construire une aussi vaste base aérienne, alors qu'il serait possible de nous isoler plus facilement en achetant pour beaucoup moins cher Rivière-des-Prairies ou Pointe-aux-Trembles.

Richard (qui pose toujours les vraies questions) – Oui, Pierre Karl, pourquoi est-il nécessaire d'investir autant d'argent pour construire une aussi vaste base aérienne, alors qu'il serait possible de nous isoler plus facilement en achetant pour beaucoup moins cher Rivière-des-Prairies ou Pointe-aux-Trembles?

Pierre Karl - Laisse-moi te répondre par une autre question. Selon toi, Richard, quel est le meilleur critère pour évaluer l'objectivité d'un média?

Richard (à qui on ne peut pas en passer facilement) – C'est une question piège. Il n'y a pas de meilleur critère puisqu'il n'y a qu'un seul critère : l'estimation des participants dans une manifestation. Plus on en compte, plus on est biaisé. Moins on en compte, moins on est biaisé.

Pierre Karl – Bravo Richard, c'est vrai qu'on ne peut pas t'en passer facilement. C'est de là que m'est venue l'idée d'une base aérienne mobile. Nous ne pouvons plus nous fier uniquement sur l'équipage de l'hélicoptère TVA™ pour faire tous les calculs compliqués nécessaires à ce genre d'estimation. Toutes les opérations de notre entreprise devront se faire dans le ciel, de façon à nous donner une perspective objective globale sur tous les évènements importants. Notre base sera pourvue de moteurs à réaction lui permettant de se promener partout à travers le Québec. Notre équipe de scientifiques, dirigée par Docteur House™, estime qu'il sera possible de se rendre de Gatineau à Gaspé en moins d'une heure. Qu'il s'agisse d'évaluer les dommages causés par une crue des eaux sur le Richelieu ou la longueur des files d'attentes dans les urgences des hôpitaux montréalais, nous serons là où le Québec veut que nous soyons.

Richard (avec un sens pratique étonnant pour un intellectuel) – Mais Pierre Karl, nous ne pourrons pas évaluer la longueur des files d'attente dans les hôpitaux. Nous ne pouvons quand même pas voir à travers les toits?!?

Pierre Karl – Tu penses à tout, Richard… Mais moi aussi j'ai pensé à tout. La base aérienne sera armée de lasers et de lance-roquettes qui assureront le maintien de l'objectivité même dans les conditions les plus difficiles. Si le toit d'un hôpital nuit à l'objectivité journalistique, le toit sera éliminé. Si des témoins se contredisent, l'un d'eux sera éliminé. Si quelqu'un contredit notre version des faits, il sera éliminé. Si des manifestants se révèlent plus nombreux que nos estimations, ils seront éliminés.  Tous les obstacles seront éliminés. (Il rit de façon diabolique) Mwa HA! HA! HA! HA!

Richard (pantois) – Mais c'est immoral! Pire encore, c'est illégal! Jean Charest n'acceptera jamais cela! La majorité silencieuse n'acceptera jamais cela!

Pierre Karl – Elle l'acceptera, comme tout ce que nous lui demanderons. Et elle l'acceptera grâce à toi, Richard. Tu sais à quel point les gens te font confiance... Tu seras notre porte-parole. (Il pointe du doigt une partie du plan de BAHAMUT) Vois-tu la face inférieure de notre future base aérienne ? Ce sera en fait un immense écran HD sur lequel nous projetterons en permanence ton visage à tous les Québécois. Tu seras le nouveau visage de l'information au Québec, le visage géant, radieux et génial d'un monde révolutionnaire. Partout à travers le Québec, les gens pourront entendre tes opinions 24 heures sur 24. Nos ennemis ne pourront plus te résister. Ils se disperseront quand tu déclareras leurs rassemblements illégaux, ils enseigneront quand tu leur demanderas d'enseigner, ils t'obéiront quand tu leur demanderas de penser...

Richard (dont l'indomptable coiffure exprime toute la bravoure, tout l'héroïsme d'un libérateur de peuples) – Êtes-vous rendu fou? Êtes-vous tous rendus fous??? Depuis ce printemps, partout ou mon regard se pose, je ne vois que démence, divagation et égarement. Avez-vous déjà lu 1984 de George Orwell? C'est ça que vous voulez?!?! Je ne suis pas votre pion! Je ne serai pas votre Big Brother. Je suis comme la majorité des citoyens, je défends la raison. Je vais continuer à la défendre envers et contre vous. Je quitte Québecor™. C'est final! Voyons comment vous parviendrez à réaliser votre plan totalitaire sans moi…

Pierre Karl – C'est dommage Richard, nous formions une belle équipe. Tu vas nous manquer à TVA™ et au Journal de Montréal™.Ce sera difficile. Je sais que pour toi, ce n'est pas l'argent qui compte, mais l'estime des Québécois pour ton intelligence. Dis-toi qu'il te restera toujours Télé-Québec… J'oubliais… Avant que tu partes, Richard, tu comprends que ce que nous venons de discuter est confidentiel, que nous avons les moyens d'éliminer quiconque gênera nos plans. (Richard s'en va en hochant tristement la tête. Pierre Karl prend son téléphone cellulaire et compose un numéro de téléphone que je n'ai pas le droit de retranscrire ici. Après quelques secondes, il prend la parole.) Oui, Julie, c'est moi. [...] Non, non, ne t'en fais pas, tout s'est passé comme prévu. Cette fois, c'est la bonne, ne t'en fais pas. Nous n'allons plus entendre parler de lui avant longtemps.    

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lundi 25 juin 2012

Rencontre au sommet (1ère partie)

                                           « Toute ressemblance avec des personnes 
ou des situations existantes ou ayant existé 
ne saurait être que fortuite. »

Lu dans un quotidien d'ici ?
(cité de mémoire…)

Pierre Karl – Salut mon cher Richard. Ça fait vraiment trop longtemps qu'on s'est parlé toi puis moi. Plus on est important, moins on a de temps malheureusement. Comment vas-tu? Comment va Sophie? Prendrais-tu un scotch? Veux-tu t'asseoir?

Richard (en s'asseyant de façon nettement, mais subtilement réfléchie) –  Euh, oui, ça va bien, Sophie aussi, un peu moins ces temps-ci, vous devinez… Pour le scotch, c'est un peu tôt, non? Avec des responsabilités comme les miennes, il faut rester lucide toute la journée. Et il fait beaucoup trop chaud de toute façon. Peut-être une sangria légère?

Pierre Karl – Je suis désolé, Richard. Afin de respecter davantage un lectorat grâce à toi de plus en plus critique et averti, nos cadres et nos employés ne pourront plus boire de sangria, ni au travail ni à la maison. Le mémo devrait circuler demain. Je sais que c'est injuste, que nous travaillons fort et que nous, au moins, nous méritons ce qu'il y a de mieux, mais que veux-tu?

Richard (plissant les yeux et hochant délicatement la tête afin d'exprimer un point de vue nuancé) – Je comprends, comme toujours je comprends. Une bière alors?

Pierre Karl (à l'interphone) – Deux bières, Lucie, bien fraîches. (Il écoute). Non Lucie, pas celle des employés, voyons! Je suis avec Richard! Amène celle de John, la bonne, tu sais laquelle.

Richard (le regard empreint d'une fine empathie) – Et vous, Pierre Karl, ça va? Julie aussi?

Pierre Karl – Richard, Richard… tu sais que tu peux me tutoyer, voyons. Je ne veux pas que tu me voies comme un patron, après tout ce qu'on a vécu ensemble, après toute la loyauté dont tu as fait preuve pour sauver mon entreprise la plus importante du Québec. Tu es un véritable partenaire.

Richard (avec un ton très perspicace) –  Oui, je sais, merci. Et toi, et Julie, ça va?

Pierre Karl – Oui, oui, ça va… mais nous avons un grave problème à résoudre. Je crois que j'ai la solution, mais j'aurais besoin de ton conseil, de ton point de vue critique. Tous les membres du CA se sont montrés enthousiastes, mais il n'y en a aucun qui a ta colonne vertébrale, ta franchise, il n'y a personne qui est capable comme toi de dire aux gens la vérité en pleine face, aussi dure soit-elle.

Richard (ironique, mais sans contribuer au cynisme ambiant) – Je sais. J'en reçois la preuve tous les jours dans la rue ou chez moi, même qu'hier…

Pierre Karl – Laisse l'histoire faire son travail. Il y aura toujours des jaloux et des frustrés. Dans le journalisme, on ne devient pas un René ou un Denis Lévesque sans créer de remous. Tu peux être fier de relever chaque jour les exigences d'un métier aussi noble.

Richard (comme toujours très pénétrant) –  C'est important de se savoir compris, Pierre Karl. C'est pour ça que j'écris autant. Je vais essayer d'être aussi franc que possible, alors. Quel est le problème?

Pierre Karl – C'est un problème de perception, tu  vois...

Lucie (qui entre en portant sur un cabaret deux bocks bien froids pleins d'une bière à l'apparence épatante et dispendieuse) – Voici vos bières messieurs. Deux Molson Achiever. Comme je vous envie! Il paraît qu'on n'en brasse que deux caisses par année. Est-ce qu'elle est aussi bonne qu'on dit?

Pierre Karl (pendant que Lucie dépose le cabaret sur son bureau) – Tu ne ferais pas la différence, Lucie. Ça goûte… comment dire? C'est le goût de la réussite!

Lucie (en riant) – Vous avez donc raison!

Richard (profond et lumineux) – Comme le disait Bernard-Henri Lévy, ou bien c'était Jacques Attali, la réussite n'a-t-elle pas toujours raison?

Lucie (toute émue d'en apprendre davantage chaque jour) – Vous avez donc raison!

Pierre Karl – Bon, Lucie, Richard et moi discutons de choses graves.

Richard (se filmant avec intelligence à l'aide de son iPhone) – Je m'appelle Richard Martineau et je bois de la Molson Achiever. (Il prend un air encore plus doué). Hum, hum. Je m'appelle Richard Martineau et je bois de la Molson Achiever. Oui. C'est mieux, c'est beaucoup mieux. Les gens doivent connaître la vérité.

Pierre Karl – Oui, bon, mais pour ton nom de famille, je ne suis pas certain que tu avais le droit de l'employer. Je veux dire sans ma permission. Mais ce n'est pas important, on en reparlera plus tard, l'heure est grave.

Richard (préoccupé d'abord et avant tout par l'intérêt public) – Qu'arrive-t-il ? Et surtout comment puis-je ignorer ce qui arrive? Mes informateurs fiables et mes recherchistes rigoureux ne m'ont pourtant rien dit.

Pierre Karl – C'est resté secret. Ultra secret. Mais c'est en train de fuir. Nous avons un problème d'image. On a porté contre notre journal de sérieuses accusations. Assez sérieuses pour qu'il soit rendu nécessaire d'agir. On dit que nous manquons d'objectivité.

Richard (qui n'a pourtant pas peur des mots) –  …

Pierre Karl – Je sais, je sais, cela semble impossible. Mais c'est ce qu'on dit.

Richard (avec une surprenante lucidité même pour un homme visant habituellement aussi juste) – …

Pierre Karl – Je sais, c'est répugnant, c'est indigne même d'être considéré, mais que veux-tu, il faut agir quand même. C'est pourquoi j'ai élaboré un plan. Un projet innovateur, synergique et convergent. Ce n'est pas pour me vanter, mais je crois qu'une fois ce projet accompli, non seulement notre journal atteindra un niveau d'objectivité supérieur à tout ce qu'a connu le journalisme, ça dépassera même tout ce qui a pu être atteint dans l'histoire de l'humanité.

Richard (en véritable Franc Tireur) – Est-ce qu'un seul homme peut dépasser toute l'humanité ?

Pierre Karl – Nous ne sommes pas ici pour faire de la philosophie, Richard, c'est sérieux.

Richard (incapable de fausse modestie) - Je sais bien Pierre Karl, un cerveau comme le mien, c'est parfois difficile à arrêter. Mais il y a des avantages. Par exemple, je suis capable d'écouter les autres parler tout en m'écoutant penser. (Long silence). Et quand je t'écoute, je pense au projet JAMBON que j'ai élaboré en convergence avec tous vos médias depuis quelques années. Ça n'était pas suffisant ?
 
Pierre Karl - Le projet pour un Journalisme Articulé, Multidimensionnel, Brillant, Objectif et Nuancé? Tu en as réussi l'implantation au-delà de toutes les attentes, évidemment, mais c'est déjà dépassé, il faut aller beaucoup plus loin désormais. (Il déroule sur son bureau des plans architecturaux complexes). Laisse-moi te présenter le projet BAHAMUT.

vendredi 15 juin 2012

Le casseur

Les rebelles, les casseurs, les anarchistes, les têtes brûlées - voilà les gens qui enflamment notre imaginaire.

Richard Martineau

Bonjour. Je m'appelle Félix Légaré-Quesnel et je suis un casseur. Vous avez entendu parler de moi à la radio, vous m'avez vu dans les journaux et à la télévision. On ne peut pas me manquer, je suis un peu partout en ville ces temps-ci et je suis facile à reconnaître. J'ai les cheveux longs parce que je suis malpropre. Je porte des jeans et un kangourou noir parce que je n'aime pas travailler. Je porte un masque parce que je suis louche. Enfin je porte un carré rouge parce que je suis violent et intimidateur. D'autres signes me trahissent. J'ai toujours les poches pleines de balles de billard au cas-où, et je suis généralement en train de courir, au cas-où aussi. C'est essoufflant. Essayez de toujours courir quand tous les autres marchent pacifiquement. Heureusement qu'il n'y plus aucun manifestant pacifique aujourd'hui. Il y a quand même des choses qu'on ignore à mon sujet, que les médias ne rapportent jamais. Des choses qu'aucune image ne peut vraiment montrer. Comme l'appel à l'aide dans mon regard. Quand je casse une vitrine, c'est vrai que j'éprouve de la jouissance, car le désir d'anéantir la civilisation et d'intimider la majorité silencieuse est en moi plus fort que tout. Mais quand je casse une vitrine, je pleure aussi. Parce que je souhaiterais de tout cœur ne pas être un casseur. Parce que voyez-vous, comme tous les casseurs, je suis né ainsi.